dimanche 7 avril 2013

Des libations entre époux? Est-ce vraiment responsable?


article précédent: cousin, cousine



"Que d’époux ne sont séparés que par le mariage!"
Alfred Capus



Alfred Capus


Bonjour à toutes et toutes,


Il m'a semblé relever une pointe, un soupçon de déception de la part de certains d'entre vous causée par la brièveté de l'article de la semaine dernière

Mmmh? 

Au moins, accordons-nous sur le fait que ce fut court, mais bref.


Que le post était trop court et/ou trop sec, ou bien que je vous ai malencontreusement et involontairement bien trop gâtés dans les posts précédents, dans un cas comme dans l'autre: pardonnez-moi!
(Je dois bien l'avouer: j'ai, sur ces entrefaites, quelque peu remanié le post incriminé, pour le rendre un peu plus sexy...)


Allons, repartons au turbin, et réinvestissons notre grand sujet sur les mots de parenté, qui arrive tout doucement à sa fin...

Au menu d'aujourd'hui, pas vraiment un mot de parenté à proprement parler.
Même si…

Enfin…

Bon, vous allez comprendre!


Nous avons déjà parlé de l'homme (Terre des hommes? Pléonasme!) et de la femme (Quel foin pour une femme en faon...).

Ou de la jeune mariée (Tu quoque, Brutis, belli-fili mi).

De la famille, aussi. (histoire de famille)

Mais jamais du mariage, ni du mari.

Ni même des époux, en fait…!


Alors, voilà: réparons l'omission!

Commençons par les époux:


Sarcophage étrusque des époux de Cerveteri

Epoux nous arrive du latin populaire *spōsus, altération du latin classique sponsus, participe passé substantivé de spondere "promettre solennellement".
Sponsus, c'est donc le promis, le fiancé

Juste une petite précision: phonétiquement parlant, le mot époux se calque sur *sposare, forme populaire du bas latin sponsare, au sens équivalent à spondere.

Le verbe latin spondeo / spondere provient d’une forme archaïque *spendo apparentée au grec ancien σπένδω, spendo ("faire une libation") ; le grec ancien σπονδή, spondê désignant précisément une libation, la libation qui accompagne la conclusion d’un contrat, et par extension, le traité ou le contrat mêmes, ou la trève, l'armistice découlant dudit traité.

Les membres de σπένδω bαλλετ
(oui, je sais, et je n'en suis pas fier)
(Mais ce qui est sûr, c'est que ces gens me glacent le sang)

- Eh coco, et le spondée alors? C'est de la poésie, ça! Rien à voir avec des libations!!
- Euh oui, c'est exact. Bonjour!

En poésie grecque et latine, le spondée c'est le pied!
Enfin, UN pied, un élément métrique donc, en l'occurrence composé de deux syllabes longues.

Pied

Le mot, avéré au XIVème siècle, est une altération du latin spondeus - emprunté donc au grec ancien spondê (oui oui: "libation").

EFFIC(E) UTINTEREA // FERAMOENERAMILITI/AI

AI, en bleu, représente ici le spondée final d'une scansion de Titus Lucretius Carus (Lucrèce)


D'autres exemples de scansions?

La scansion du Mont Ventoux

La mort de Roland à Roncevaux (in la
scansion de Roland
)

Mesure de la scansion
(pour en déterminer le nombre de pieds)

Quand une scansion n'est pas
facile à scander, on parle alors
des troubles de la scansion

Et oui, les Compagnons de la Scansion, ici avec Edith Piaf

Mais diantre, pourquoi cette curieuse confusion entre un élément métrique de prosodie et un rituel d'offrande? - me direz-vous.
Eh bien tout simplement parce que le spondée, par son rythme lent, rappelle … la mélodie lente et solennelle que l'on jouait ou chantait lors des … libations.
"Mélopée" me vient à l'esprit...

Re-précisons (nous en avions déjà parlé dans en attendant *gheu-*dyeu-) que les libations antiques n'étaient pas des beuveries au sens moderne du terme, mais correspondaient à un rituel religieux consistant en la présentation d'une boisson en offrande à un dieu, dont on renversait quelques gouttes sur le sol ou sur un autel.

Une libation

Mais donc, pour en revenir à notre sujet, les "époux" étaient ceux qui se promettaient solennellement l'un à l'autre, qui s'unissaient à l'issue d'un rite, d'une cérémonie formelle, religieuse.


- OK, c'est pigé. Mais c'est greco-latin tout ça, rien de proutindomachin derrière!!
- Je peux continuer??

Le latin archaïque *spendo (faire une libation), ou le grec ancien spondê (libation), proviennent quant à eux… d'une …

racine proto-indo-européenne!

*spend-

... dont les signifiés étaient "faire une offrande", "pratiquer un rite", d'où "s'engager par un acte rituel".


Du proto-indo-européen *spend- nous avons hérité époux et spondée certes, mais aussi… répondre, et puis encore sponsor!

Répondre nous arrive, par l'ancien français respondre, du latin populaire *respondĕre, dérivé du latin classique respondēre.
Respondeo / respondēre étant construit sur spondeo (promettre) précédé du préfixe bien connu re(d)- qui s'utilise pour marquer le contraire (comme dans le français action), l'itération (comme dans "refondre"), ou l'augmentation ("raffermir")…
Ici, le préfixe porte l'idée de contraire, de retour...

Respondēre - répondre, donc, à l'origine, c'est plutôt "promettre en retour".

On en savoure toujours le sens original dans le mot qui désigne celui qui est tenu par sa promesse, ou à tout le moins son engagement, "celui qui en répond" devant une autorité: le… responsable.




Le sponsor, en anglais c'est aussi, dans une de ses acceptions du moins, celui qui prend sous sa responsabilité un apprenti, un novice, qui répond de lui.

Quant à correspondre, du latin cum respondēre, c'est littéralement répondre avec, entendez "être en rapport avec".




Bon dimanche, bonne semaine à toutes et tous, …


- Eh oh!! Et "mariage", et "mari" alors???
- Oh, mais comme je vous le disais, je ne tiens vraiment pas à vous gâter!

Ce ne serait pas sympa, hein…
Pas très éthique de ma part, non plus.

Et puis, surtout, je ne tiens pas à gâter ... votre plaisir!!

Une petite semaine de sept jours à patienter, et vous en saurez plus!

Plus que sept fois dormir!



… A dimanche prochain!




Frédéric


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