dimanche 1 février 2015

Un verbalisateur en verve, quelle ironie!






Que si le moi est haïssable,
aimer son prochain comme soi-même devient une atroce ironie.

Tel quel 


Paul Valéry

Paul Valéry


















Bonjour à toutes et tous!



Après nous être intéressé à la racine...








il me semblait plus que judicieux d’aborder en ce dimanche la racine proto-indo-européenne…


*werə-3: parler.



Bon, pour être clair, NON*werə-3 ne nous a pas donné le français “parler”.

Mais bon... Malgré tout, elle vaut la peine d’être découverte; vous allez rapidement vous en rendre compte!


En fait, le dérivé de *werə-3 que nous connaissons le mieux nous arrive d’une forme composée: *werə-dh(ə)-o-, qui se comprendrait comme “action de parler

(oui, car *dhē- que vous retrouvez ici signifiait “faire” ; nous retrouvons d'ailleurs cette dernière dans l’anglais to do…)


Une idée de ce dérivé si bien connu?


Le latin classique…

...

...

... 

verbum: mot, terme, expression.

Comme vous le savez, en latin ecclésiastique, verbum a servi à traduire le fameux logos grec, la parole, entendez la Parole, celle de Dieu.






Bien sûr, le verbum latin a débouché sur notre verbe français, dois-je le préciser?

En un premier temps, verbe reprenait le sens latin de parole, suite de paroles, pour, au début du XIIème s’étendre au sens théologique de LA Parole.

On trouvait d’ailleurs encore “Parole” pour traduire Logos dans plusieurs traductions de la Bible; ce n’est vraiment qu’au XVIème que Verbe a supplanté Parole en ce sens particulier.


Mais bien sûr, le latin verbum ne nous a pas transmis que verbe!

Eh non!


Il suffit de penser à ces composés comme adverbe, proverbe


proverbe



Nous connaissons également déverbal, que j’emploie quand même de temps en temps (il s'agit d'un substantif obtenu en retirant la désinence verbale d'un verbe à l'infinitif).

Ben oui: cri est le déverbal de crier.


Mais nous avons aussi…

Verbaliser!
A la fin du XVIème, il signifiait “faire de grands discours inutiles”!

Ce n’est que plus tard qu’il prit le sens juridique que nous lui connaissons à présent: dresser un procès-… verbal!





Oui, il y encore verbeux, qui nous rappelle le premier sens de verbaliser, verbosité


Verbiage!
Basé sur un verbe moyen français verbier ou verboier, qui signifiait littéralement… gazouiller!
Oui, il faisait référence au chant des oiseaux.


Un autre dérivé curieux en français, est le mot verve.
Oui, curieux, car on s’est mépris sur le mot!

Je m’explique:

Le mot français est issu du latin populaire *verva, qui n’était qu’une variante de verba, le pluriel de verbum. “Les paroles”, entendez des paroles de fantaisie, liées à l’inspiration, à l’imagination

Et ce *verva a été pris pour un féminin.

D’où le français la verve…! (oui, avec un v)

Et être en verve, c’est toujours, même de nos jours, avoir beaucoup d’imagination, manifester son esprit créatif…



C’est encore une forme composée constituée de notre racine *werə-3 et de *dhē-, faire ...

- défaire??
- Mais non! *dhē- virgule faire

C'est malin, je recommence ma phrase:

C’est encore une forme composée constituée de notre racine *werə-3 et de *dhē-, faire, qui cette fois a ensemencé les langues germaniques

Mais dans ce cas, la forme composée s’est construite sur une forme au degré zéro de *werə-3: *wr̥ə-.

Cette forme composée, la voici: *wr̥ə-dh(ə)-o-.

Elle signifiait également “le fait de parler”.

Elle s’est dérivée dans le germanique *wurdam, à partir duquel se sont construits les mots pour mot dans pas mal de langues germaniques.


  • En anglais? word
  • Idem en vieux frison. (bon, si ça vous intéresse pas, faut l'dire, hein)
  • En frison occidental? (soyons fou) wurd!
  • En néerlandais: woord, basé sur le vieux néerlandais wort.
  • En vieux saxon? Ben voyons: word!  
  • Ou en vieil haut-allemand, peut-être? wort, qui deviendra l’allemand Wort
  • En vieux norois (Aaaah!), on parlait de … orð
  • Alors qu’en vieux suédois, il était question de orþ (qui deviendra ord en suédois moderne), 


  • En vieux danois? orth
  • Et en danois moderne? ord.


Oh, on retrouve encore notre *werə-3 dans les langues baltes!

En lituanien, par exemple, var̃das, c’est le nom.
Et en letton, vārds signifie le mot, le prénom, la promesse.

Quant au verbe letton apvārdot, apvārdoju, apvārdoju, il signifie charmer.
Par la parole bien sûr!

Mais quand l'est-on, charmé?


Et nous retrouvons *werə-3 en grec!

C’est probablement à partir d’une forme suffixée *wer-yo- que s’est créé le grec εἴρω, eirein: dire, parler.

Là où ça risque vraiment de vous intéresser, c’est que c’est de εἴρω, eirein que nous arrive…

ironie!

Ironie, jadis écrit yronie, est un emprunt au latin ironia, basé lui sur le grec ancien εἰρωνεία, eirôneía action d’interroger en feignant l’ignorance »).

Il s’agit en réalité d’un dérivé du participe présent ἔίρωνqui interroge, et par extension qui feint l’ignorance ») du verbe ἔρομαιdemander, interroger »).

Oui, il faut savoir que l’ironie était une arme employée par Socrate pour mettre à mal la suffisance de certains de ses interlocuteurs.

Ceux qu'en bruxellois, on appèlerait des dikkenekgros cou »): des vantards, des « Monsieur - ou Madame - je-sais-tout ».
Des allewetter, quoi (je ne suis pas vraiment sûr de l'orthographe): des gens qui savent tout.

Cette rosse de Socrate leur posait des questions sur des sujets que ces gens prétendaient maîtriser mais dont lui-même avait une connaissance approfondie.

En feignant ainsi l’ignorance, il obligeait ces êtres bouffis de suffisance à révéler leur propre méconnaissance du sujet en question.


En latin, le sens du mot n’a conservé que la notion de fausseté: il désignait ainsi cette figure consistant à dire le contraire de ce que l’on pensait vraiment.


ironie



Restons en grec voulez-vous?

Car sur une forme variante de *werə-3: *wrē- suffixée en *-tor-, 
- pour donner donc *wrē-tor-, oui? -
le grec a créé ῥήτωρ, rhêtor: l’orateur, le maître d’éloquence: le … rhéteur.

Rhétorique, naturellement, en est un beau dérivé.


Une leçon de réthorique



Enfin, n’oublions pas non plus l’hellénisme "rhème", que l’on rencontre en linguistique, et qui pourrait se comprendre comme "le propos", de “l’information nouvelle apportée dans l’énoncé à propos d’un thème”.

Oui, car en linguistique, le thème - qui s’oppose au rhème -, est, dans l’énoncé, un élément connu - ou du moins réputé connu - par la personne à qui l’on s’adresse.

Un exemple?

Dans l’expression “Ta mère, elle chausse du 2”, “Ta mère” - élément connu -, c’est le thème.
Le fait qu’elle chaussât du 2, c’est le rhème: de l’information nouvelle apportée à l’énoncé.

Quoique… La personne à qui vous vous adressez peut parfaitement déjà savoir que sa mère chausse du 2.
Dans ce cas-là, vous avez raté votre effet.


Le mot rhème nous vient du grec ancien ῥῆμα, rhèmamot, parole »).


c'est déjà beaucoup plus clair



Et c’est une forme suffixée en *-mn̥- de la forme variante *wrē- de *werə-3: *wrē-mn̥- (vous m'suivez?) qui en est l’illustre parent…



Ah oui! Et c’est peut-être encore *werə-qui se cache derrière le sanskrit व्रत (“vrata”): l’ordre, le commandement…



Et donc - vous rendez-vous compte? - notre si petite racine *werə-3 nous a donné les français verbe, verve, verbaliser, ironie, réthorique, ou encore l’anglais word

L'auriez-vous cru, que tous ces mots soient ainsi apparentés?

Trop fort, *werə-3!



Je vous souhaite, à toutes et tous,  un excellent dimanche, une très belle semaine, et vous donne rendez-vous… dimanche prochain!




Frédéric



dimanche 25 janvier 2015

A compter de ce jour, je te répudie






« On nous dit que nos rois dépensaient sans compter, qu'ils prenaient notre argent sans prendre nos conseils, mais lorsqu’ils construisaient de semblables merveilles ne nous mettaient-ils pas notre argent de côté ? »

Extrait de Si Versailles m'était conté...

Sacha Guitry, 1954




Bonjour à toutes et tous!!


Je vous avais lâchement abandonnés à votre triste sort la semaine dernière.
Nous venions de découvrir de fort belles choses sur les mots pour raconter et compter dans les langues germaniques...

Oh, je me rappelle encore - avec beaucoup de honte, croyez-moi - mes derniers mots avant de vous laisser là, seuls, abandonnés, sans plus d'espoir:



"Ah, si seulement nous avions la même chose en français! [soupir]

Mais… NOUS L’AVONS!
SOUS NOS YEUX en plus! 
Ne vous êtes-vous jamais interrogés sur cette étrange similarité phonétique entre conte et compte? Entre compter et conter?"

Eh bien, chères lectrices, chers lecteurs, je vous propose de reprendre précisément ici!


Ne vous êtes-vous jamais interrogés sur cette étrange similarité phonétique entre conte et compte? Entre compter et conter?

Mmmh?


Eh bien OUI, compter et conter proviennent d'une seule et même racine proto-indo-européenne….


[roulement de tambour]


*pau-2


Sémantiquement: couper, battre, frapper


- Euuuuh Tu te fous encore de nous, hein?!

Déjà, comment passer de *pau2 à conter/compter?! 
N’importe quoi!
Et en plus, quel rapport peut-il y avoir entre “couper, frapper”, et raconter, ou compter?!
Vraiment n'importe quoi.
Là tu m’déçois grave, pauv' tache…

- Allez, on se calme, on respire bien à fond, ça va passer, on va expliquer calmement tout ça.

Tout d'abord, sachez que c’est une forme suffixée particulière de *pau-2 , une forme participe*pu-to- (coupé, battu), qui est à l'origine de nos verbes conter et compter.


- Mais enfin??
- J'explique. D'accord?










Pour comprendre tout d'abord ce passage de couper à compter, il suffit de savoir que pour dénombrer un troupeau, par exemple, ou des heures, ou des jours, on a, pendant des siècles, des millénaires... ... ..., couper, entailler le bois ou la cire, ou l'os...
Relisez donc Quatre-vingts / dix? Joli score!

Bois de renne entaillé


Et pour ce qui est du glissement de sens de “compter” vers “raconter”, il s’agit exactement du même phénomène que celui que nous venons de voir la semaine dernière avec *del-2 / *dol-: la notion d’énumération, le récit n’étant qu’une suite d’éléments ordonnés.


Maintenant, pour ce qui est du passage phonétique cette fois, d’une racine *pau-2 à compter, conter, c'est en fait tout simple!

Les verbes français compter et conter descendent tous deux, le croiriez-vous, d’un SEUL mot latin: compŭtō, compŭtāre: calculer, compter, supputer …

Et compŭtō n’était qu’un composé, de con- (avec) et du verbe putō.

Vous l’aurez compris, ce putō, putāre est en réalité le vrai descendant de notre *pau-2 proto-indo-européenne, ou plus précisément de son participe *pu-to-.

Le putō latin possédait une chiée un nombre invraisemblable d’acceptions!

On l’employait dans le sens de battre le linge, fouler la laine,
couper, élaguer,
mais aussi … estimer, évaluer, calculer, apprécier, considérer
Voire carrément supposer, penser, croire…!
Penser, croire??
Oh, il n’y a là rien de bien original ; il n’est pas rare de trouver des verbes latins dont la signification passe ainsi de calculer à penser.
Je ne vous rappellerai pas un dimanche sans rime ni raison? où nous nous attardions sur le latin ratiō, radical de ratus, lui-même participe passé de reor, rērī (penser, supposer, estimer), dérivé de la racine proto-indo-européenne *rē(i)-
Non non, je ne vous le rappellerai pas.

Ratiō signifiait tout autant calculcompte, que raisonnement, raison!

Mais revenons à notre compŭtō.
Lors de son assimilation en ancien français, le latin compŭtō, compŭtāre s’est réduit en cunterconter.
On a donc surtout gardé du mot latin d’origine sa première partie (ainsi que le t de la fin du mot), ce qui explique évidemment pourquoi il n’y a pratiquement aucune ressemblance entre la racine proto-indo-européenne originale et ces verbes français dérivés…

Une fois en ancien français, le mot continua à s’employer tant dans le sens de conter, narrer, que de compter, calculer.

Ce n’est que plus tard, au XIIIème, que l’on a proprement séparé les deux notions de conter et compter: 

  • conter n’allait plus signifier que “narrer”, 
  • alors que sous la graphie savante “compter” - pour laquelle on a exhumé le d’origine -, on n’entendrait plus que le sens spécialisé de “calculer”.

Bon, soyons clair, je ne vais pas vous citer tous les descendants de pŭtō ; en voici quelques-uns, choisis:
 - Au regard de la longue liste des acceptions du latin putō, vous remarquerez que ses dérivés reprennent l’un de ses sens, parfois même plusieurs d'entre eux… -

En anglais nous retrouvons count, (notamment compte, compter), ou encore account, qui peut signifier compte, mais aussi ... compte-rendu, récit!

Toujours en anglais, compute, computer, évidemment, que je ne vous présente pas.



En français, nous avons acompte, certes, mais aussi, reprenant le sens d’apprécier, considérer, évaluer… 
- et là, la parenté avec *pu-to- et putō ne fait vraiment aucun doute -: 
putatif!


Mais la liste est loin d'être finie.
N’oublions pas tous ces dérivés comme …

  • disputer, basé sur dis-putō: examiner de fond en comble (pensez à l'idée de disséquer), discerner, et par extension discuter.
  • imputer, de im-putō.
  • député, du bas latin de-putatus “délégué”, participe passé de de-putō. Ici, il faut comprendre putō au sens de couper: le délégué, c’est le “détaché”.
  • réputation, du latin re-putatio: considération, réputation.
  • amputer, de am-putō, où am- est une variante de ambi-. Comprenons donc amputō comme "tailler tout autour"… 
  • supputer, de sup-putō, où sup- n’est qu’une altération de sub-: sousSupputō signifiait littéralement couper par en dessous, mais au sens figuré, “discerner sous les apparences, et y réfléchir”: supputer!

Et puis, au sens de battre, il nous reste encore …

Allez, je vous laisse deviner: le mot à trouver désigne un élément sur lequel vous marchez, et fait référence à la terre qu’il faut battre pour l’aplanir…

Un indice?


Voyons...

L’enfer et ses bonnes intentions!


OUI!!! Pavé.

Etymologiquement, le pavé, le pavement, est ce que l’on pose sur la terre mise à niveau:… battue!

Pavé nous vient du latin paviō, pavīre: battre la terre, aplanir, niveler, dérivé d’une forme suffixée de notre *pau-2: *pau-yo-.


pavés


L'enfer est pavé de bonnes intentions...


Mais ce n’est pas tout!!

Car le latin paviō - “avoir peur”,
issu lui d’une forme de *pau-2 suffixée en , et qui avait fonction de verbe d’état: 
*paw-ē- (entendez “être frappé”),
nous a ENCORE donné, lui ou son dérivé pudeo - avoir honte, faire honte:

  • peur, impavide, ou
  • pudeur, pudibond, pudique, impudent, ou même 
  • répudier (étymologiquement: frapper pour repousser).

Les jardiniers aussi, ont le droit d'être pudiques


Oui, la peur ou la honte - c'est quand même du latin pudeo pour honte que nous vient le mot pudeur - sont deux émotions qui peuvent être particulièrement puissantes, violentes, qui alors nous frappent, nous assaillent.
C'est ainsi que l'on explique ces constructions latines basées sur *paw-ē- “être frappé”.


Une émotion Maasaï



Alors, ça ne vous épate pas, tout ça?

Que compter et conter ne soient finalement que deux formes d’un même verbe, ou que député et disputer soient des cousins si proches, ou encore
que peur et pudeur soient à ce point apparentés?

Et que pavé fasse partie de toute cette famille!

Et qu’ils dérivent TOUS (TOUS!) d’une SEULE et MEME racine proto-indo-européenne!!



Allez, on en reste là!


Je vous souhaite, à toutes et tous,
un excellent dimanche, une très bonne semaine, et vous propose de nous retrouver …
dimanche prochain!




Frédéric


dimanche 18 janvier 2015

talk talk talk - Qui c'est? - C'est Guillaume! - Guillaume qui? - Guillaume Tell!






(...) I talked more quickly -- more loudly; but the noise increased.  I stood up and argued about silly things, in a high voice and with violent hand movements.  But the noise kept increasing. (...)

Edgar Allan Poe

Un très court extrait de sa nouvelle
The Tell-Tale Heart ("Le coeur révélateur"), 
publiée en janvier 1843


(...) Je causai plus vite, - avec plus de véhémence ; mais le bruit croissait incessamment. - Je me levai, et je disputai sur des niaiseries, dans un diapason très élevé et avec une violente gesticulation ; mais le bruit montait, montait toujours. (...)

Traduction de Baudelaire, forcément






Bonjour à toutes et tous!


En ce dimanche, la suite de notre article d’il y a quinze jours sur le mot langue: Zorro, Dingo et Fredo vous souhaitent une très bonne année!


Car il est vrai - comme certains de mes fidèles lecteurs me l’ont si judicieusement fait remarquer - que nous trouvons d’autres mots pour “langue”, notamment dans les langues germaniques, et qui ne sont pourtant pas des cognats de notre français “langue”.

Pensons par exemple au néerlandais taal - langue, ou même à l’allemand Erzählen, le récit.

"Ceci est le sol flamand"
Manif du Taal Aktie Komitee, mouvement flamingant ni
d'extrême droite, ni à l'esprit étriqué, ni violent, ni ridicule
(et qui n'est pas pour l'amnistie des anciens collaborateurs
nazis non plus)

La Terre vue depuis la sonde Cassini



Ces mots proviendraient-ils d’une autre racine proto-indo-européenne??

(A tout hasard, hein)


Eh bien, la réponse est OUI.


Derrière ces deux mots, la racine proto-indo-européenne …

*del-2

Et cette racine
- et c’est ça qui en fait tout le charme -
signifiait tant raconter que … compter!


- Maisje??
- J'explique.

"J'm'énerve pas, j'explique!"
Raoul Wolfoni (Bernard Blier), dans Les Tontons flingueurs

C’est à partir d’une forme au timbre o: *dol-, que *del-2 s’est imposée dans le groupe germanique.

Ainsi, le taal néerlandais, l’allemand Erzählen, ou l’anglais tale (conte, histoire, récit) en descendent, via le germanique *talo-.

The Tale of Sir Robin (Monty Python and the Holy Grail)


Oh, *del-2 / *dol- nous a aussi légué l’anglais tell - dire, raconter, via le germanique *taljan.

Guillaume Tell, ici avec son fils en vie


Ou encore l’anglais talk! (pour faire simple: parler)




- Bon, et alors, quoi? Tu vas nous expliquer, oui ou non, cette histoire de compter / raconter??
- Oui oui, on y arrive!

En fait, tout tient, en quelques mots, à l’idée d’énumération!

Raconter une histoire, c’est énumérer une série de choses, d’événements, de situations, dans un ordre particulier.

Je vous l'accorde, nous n’entrevoyons que difficilement des liens étroits entre les notions de compter et de raconter.

Et pourtant…

Pensons au français réciter, qui reprend bien cette notion d’énumération, parfois fastidieuse… (ne récitons-nous pas les tables de multiplication?)



Alors que son déverbal récit nous évoque immanquablement une belle et longue histoire

Tudieu, CA c'est du récit!


Les dérivés modernes de *del-2, essentiellement - voire uniquement? - germaniques, nous rappellent clairement le double sens original de la racine, vous allez vous en rendre compte...

En allemand, alors que le verbe erzälen correspondrait à relater, son cousin zählen se traduirait plutôt par … compter, Zahl étant le nombre!

nombres allemands


En vieux norois, nous avions tal: liste, énumération, conversation.

A tal correspondaient tant le verbe tala(ð): parler, dire, discuter, converser, que son pendant telja/talða: dire, déclarer, raconter, mais aussi estimer, ou ... compter!

C'est pas difficile, en islandais moderne, tala désigne le récit, la conversation, mais aussi ... le nombre!


Immeuble islandais morderne
(le Perlan, à Reykjavík - source)

Quant au verbe telja (c'est toujours de l'islandais), il signifie dire, déclarer, raconter, narrer


Le danois tale désigne le discours? Le danois tal désigne le nombre!

Des Danois en nombre



Sachez enfin que le vieil anglais getæl, de la même famille que tell ou tale, signifiait estimation, nombre!


Amusant, non?


Ah, si seulement nous avions la même chose en français! [gros soupir]

(source)


Mais… NOUS L’AVONS!

SOUS NOS YEUX en plus!

Ne vous êtes-vous jamais interrogés sur cette étrange similarité phonétique entre conte et compte? Entre compter et conter?


Eh bien, nous tenterons d'élucider l'énigme... dimanche prochain!



D'ici là, je vous souhaite, à toutes et tous,
un excellent dimanche,
une super bonne semaine,

et vous invite à la suite, dimanche prochain!



Frédéric


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