dimanche 3 mai 2015

j'en suis si-dé-ré!





Les merveilles du seigneur semblent jetées sans ordre et sans dessein dans le champ de l’immensité.
Elles brillent éparses comme ces fleurs innombrables dont le printemps émaille nos prairies.
Ne cherchons pas un plan plus régulier pour les décrire. Principes des êtres, tous tiennent à toi.
C’est leur liaison secrète avec toi, qui fait leur valeur, quelle que soit la place et le rang qu’ils occupent.
J’oserai élever mes regards jusqu’au trône de ta gloire. Mes pensées se vivifieront en considérant ton amour pour les hommes, et la sagesse qui règne dans tes ouvrages.
Ta parole s’est subdivisée lors de l’origine, comme un torrent qui du haut des montagnes se précipite sur des roches aiguës.
Je le vois rejaillir en nuages de vapeurs ; et chaque goutte d’eau qu’il envoie dans les airs, réfléchit à mes yeux la lumière de l’astre du jour.
Ainsi tous les rayons de ta parole font briller aux yeux du sage ta lumière vivante et sacrée ; il voit ton action produire et animer tout l’univers.
Objets sublimes de mes cantiques, je serai souvent forcé de détourner ma vue de dessus vous.
L’homme s’est cru mortel parce qu’il a trouvé quelque chose de mortel en lui ; Et même celui qui donne la vie à tous les êtres, l’homme l’a regardé comme n’ayant ni la vie, ni l’existence.

Louis-Claude de Saint-Martin, in L'homme de Désir, 1790






















Bonjour à toutes et tous!

Vous allez bien?

Il y a quelque temps, nous discutions, à quelques-uns, réunis autour de mon ami Robert, de ce qu’était le désir.
Le terme est à présent tellement connoté.

Aujourd’hui, difficile de parler de désir - ou du désir,  c’est encore plus fort - sans volontairement ou pas, évoquer le sexe, le désir sexuel.

Que vous connaissez mal les violents désirs
D'un amour qui vers vous porte tous mes soupirs !
Oui, c’est du Racine! Alexandre, III, 6

Alexandre!
Amusant, car dans le film d'Yves Robert Alexandre le bienheureux, Alexandre, il est justement bienheureux parce qu'il n'a plus de désir(s)! (Ou alors, il n'a plus qu'UN désir, celui de ne plus rien faire...)

Alexandre et le chien


Mais revenons à notre désir.
Le mot n’a pas toujours évoqué cette pulsion proche des instincts

Que nenni!

J’ai toujours en tête le titre d’un ouvrage bien connu des mystiques, L’homme de Désir, écrit par Louis Claude de Saint-Martin, en 1790.

Et je peux vous l’assurer, ce n’est pas un livre qu’on lit d’une main, avec un kleenex dans l’autre.
Ou qu'on cache, ado, sous son lit, en espérant que sa mère ne le trouve pas. (c'est du vécu)


Ce livre très dense, voire quasi incompréhensible, raconte la vision de l’auteur de la condition humaine.

Qui pour lui est avant tout divine. (Oui, on est pas chez Zola)

Croyez-moi, avec Louis Claude de Saint-Martin, on est bien loin de l’idée que l’on se fait du désir à l’heure actuelle.


Alors quoi?

Désir? Le mot vient d’, que signifie-t-il, qu’y-a-t-il derrière??

En étudiant son étymologie, j’en suis tombé sur le q.

Vraiment!

J’espère que de même, vous allez être éblouis par ce qui s’y cache!


Désir”, commençons par là, désigne communément une pulsion charnelle, proprement l’action de désirer, ou son résultat.

Ou encore:

Désir: Action de désirer; aspiration profonde de l'homme vers un objet qui réponde à une attente.

Mouvement instinctif qui traduit chez l'homme la prise de conscience d'un manque, d'une frustration.

Ou encore…

Aspiration instinctive de l'être à combler le sentiment d'un manque, d'une incomplétude.

(Il y a encore plein d’autres définitions du mot, il vous suffira d’ouvrir le moindre livre de psychanalyse pour en savoir plus…)


Désir, déverbal de désirer, nous vient du latin.
Pas vraiment surprenant, j'en conviens.

Pour être précis, par réduction phonétique, du verbe latin dēsīderō, à infinitif: dēsīderāre, composé de de-, et de -sideror.

Et ici, les amis, on décolle…!

Fusée Ariane au décollage

Car sideror se base sur sīdus, qui désignait… l’astre, ou les astres!

La constellation, l’étoile, la planète, les astres de la nuit. 

Ou alors, par extension,
dans ce monde antique où tout ce qui était en haut était en bas, où tout était gouverné par les astres…,
le temps qu’il faisait, la saison, l’époque de l’année.

Constellations visibles dans l'hémisphère nord

Sīdus, en ce sens, désignait aussi, précisément, l’influence (parfois plutôt négative, d’ailleurs) des astres.
(Nihil novi sub sole comme dirait l’autre, on trouve toujours un coupable à ses maux, rarement soi-même…)
L’expression populaire “vivere duro sidere” aurait pu se traduire ainsi par vivresous une dure étoile”, entendez sous une mauvaise étoile.

Sextus Propertius, Properce, dans son Élégie VI (Á Tullus), nous dit ainsi…
At tibi, seu mollis qua tendit Ionia, seu quaLydia Pactoli tingit arata liquor, seu pedibus terras seu pontum remige carpes, felix accepti sors erit imperii ; tum tibi si qua mei veniet non immemor hora, vivere me duro sidere certus eris.
J’ai trouvé de ce passage une traduction ma foi bien proche du texte original: (le site où je l’ai trouvée: ici)
"Mais toi, là où s’étend la molle Ionie, ou bien là où les flots du Pactole teignent les champs de la Lydie, que tu parcoures la terre à pied ou la mer à la rame, tu auras un sort heureux en tant que commandant ; alors, s’il vient un moment où tu te souviendras de moi, tu sauras que je vis sous une dure étoile"

Sīdus, siderĭs, l’astre, la constellation


le Lockheed L-1049F Super Constellation

Oui!

D’où, bien entendu, sidéral, intersidéral.

L'USS Enterprise, bien sûr...


Ou ... sidéré!
Emprunté au participe passé sideratussubir l’action funeste des astres”, ou même, d’une façon plus euh concrète?, recevoir le ciel sur la tête: être frappé d’insolation!

C’est sous cette acception d’”être influencé par les astres” que le mot entrera en français, et y sera utilisé jusqu’au XVIIIème.

Ce n’est qu’au XIXème qu’il prendra son sens de “être frappé de stupeur”, être esbaudi


Mais pour comprendre de-sideror, il faut d’abord parler de con-siderare! 
Où le préfixe con- (cum-) revêt un caractère d’intensité.

Il existait un mot latin pour l’étoile, stella. 
Mais stella, c’était plutôt l’étoile… isolée.

Au contraire de Sīdus, la constellation.

Stella Artois, la bière belge que
le monde s'arrache, et que les
Belges qui aiment vraiment la
bière ne boivent vraiment pas

Les augures regardaient intensément le ciel, le scrutaient, le contemplaient pour y lire les présages, qu’ils interprétaient notamment par la disposition des étoiles.

Véritables prêtres romains

C’est à cette activité que correspondait le verbe con-siderare.

Consīdero, consīderare, bien sûr, nous a donné … considérer, dans le sens de regarder attentivement, réfléchir à…

Et dēsīderāre, où l’on retrouve ce préfixe privatif bien connu dē-, marquant la séparation, le manque, l’éloignement, la cessation…, pouvait se comprendre originellement comme “cesser de voir un astre”, “en constater l’absence”…

D’où, ultérieurement, dans la langue populaire, regretter l’absence (de quelqu’un ou quelque chose)

Ainsi, le latin dēsīderium, pour regret, désir.


C’est fort non?


Le désir - c’est sidérant! -, si l’on se base sur ses premiers emplois latins, correspond donc plutôt à la perte, au regret.
Celui qui désire est en fait “en manque”.

Cette vision que nous nous faisons du désir en tant que “souhait” est nettement plus tardive.


Et notre latin Sīdus, i’ v’nait d’où, hein hein?

Eh oui! (Allez, tous ensemble:) D’une RA CI NE   IN DO - EU RO PÉ EN NE !

 *sweid-1

briller


Oui, les astres, c’est tout simplement ce qui brillait, là-haut dans le ciel…

Ce serait une forme suffixée de cette racine, *sweid-es, qui serait à l’origine de PIE XII Sīdus.

Et on suppose également qu’une forme variante *sweit- serait à l’origine du vieux norois svidha, être roussi, brûlé.
Que nous retrouvons dans l’anglais swidden, désormais vieilli (on utiliserait plutôt le terme slash-and-burn à présent), désignant une friche sur brûlis (euh, là j’ai dû un peu chercher).

Slash-and-burn en Finlande, 1893


Il se pourrait également que ce soit toujours *sweid-1 qui se cache derrière le lituanien svidus (brillant)…!


Mais donc, récapitulons:

Désir, considérer, sidéral, sidérant - ou même l’anglais swidden (aussi sous la forme swithen), qui sera, je pense, plus difficile à placer -, TOUS sont descendants d’une seule et même racine proto-indo-européenne, tous sont cousins!

Désir et sidéral?? 
Et considérer?
Vous y auriez pensé, vous, à rapprocher ces mots aux sens si différents?
Auriez-vous cru que le mot désir tirait sa source du firmament? 


Ah oui, j'oubliais!
Pour Louis-Claude de Saint-Martin, l'homme de Désir, c'est l'homme qui prend conscience de sa nature divine - céleste! -, et de ce qu'il a perdu en s'incarnant
Et qui, dans la souffrance que provoque ce manque, travaille à revenir à l'Unité dont il est issu.

Bah oui, toutes les religions ou philosophies vont dans ce sens, si vous les regardez bien...  


Sur ce, je vous souhaite à toutes et tous un très bon dimanche, une très bonne semaine,
et vous donne rendez-vous…

... dimanche prochain!




Frédéric



dimanche 26 avril 2015

Après analyse, nous avons trouvé une solution






"Solue senescentem mature sanus equum, ne 
peccet ad extremum ridendus et ilia ducat." 

Quintus Horatius Flaccus, dit Horace,
Épîtres, première épître du premier livre, vers 8 et 9


"Sage, dételle à temps ton vieillissant cheval
Pour qu'il ne fasse rire au bout de sa carrière."

Traduction par la Bibliothèque de la Pléiade


Shayne, bon cheval d'au
moins 51 ans!
















Bonjour à toutes et tous!

La semaine dernière, je vous proposais de nous intéresser à l’étymologie du prénom Hippolyte.
(Hippolyte, si tu me lis…!)
"Si tu nous regardes"










Nous avions découvert que Hippolyte, par le latin Hippolytus, nous venait du grec ancien Ἱππόλυτος, Hippolytos ou Ἱππολύτη, Hippolytê, “Hippolyte”.

Prénom attribué, notamment, à la reine des Amazones, ou à son fils, qu’elle avait eu avec Thésée, et dont Phèdre serait un jour un peu plus que gaga.
(considérant son comportement, Phèdre était clairement plus gaga que Lady)

Nous retrouvons dans Hippolyte Ἵππος, hippos: cheval, dérivé de la racine proto-indo-européenne *ekwo- (sans surprise: cheval), plus que probablement liée à l’adjectif proto-indo-européen *ōḱu-: rapide.

On peut ainsi penser que le cheval, pour nos glorieux ancêtres devait être un … coursier…!

Et donc, vous l’aurez compris, hippodrome ou équitation, ces deux mots proviennent bien d’une seule et même racine proto-indo-européenne.

Trop fort! (ta race)












Mais ça, c’était la semaine dernière.

Cette semaine, ce dimanche, nous nous intéressons à la deuxième partie du prénom Hippolyte, j’ai nommé… lyte!

Ce “lyte” ou plutôt λυτος, lytos / λύτη, lytê, était construit sur le verbe λύω, lúō, auquel s’attachait, d’une façon générale, la notion de “délier”.

On le retrouve ainsi sous des acceptions comme délier, au sens propre comme au sens figuré (délier d’une faute ou d’une erreur: expier, racheter, réparer…), libérer, relâcher, annuler, abroger

λύσιος, Lúsios,qui délivre, le libérateur”, est d’ailleurs une des épithètes de Dionysos,
"λύσιος διονυσος", lúsios Dionysos.
Oui, car Dionysos devait, par l’ivresse, délivrer des soucis, ou alors libérer les instincts, libérer des interdits… (vous choisissez la version qui vous convient)

Dionysos


Si je vous parle ici de Dionysos, ce n’est pas tout à fait innocent
C’est qu’il y a un lien entre lui et ... Thésée!

Car notre Thésée, après avoir vaincu le Minotaure - et avoir pu retrouver son chemin vers la sortie du labyrinthe grâce au fil qu’Ariane lui fourni - vous connaissez l'histoire -, Thésée donc, va abandonner la pauvre Ariane sur l’île de Naxos.
Sympa aussi, je dois dire ; Phèdre et lui étaient vraiment faits l'un pour l'autre.

C’est là, sur l'île de Naxos, que Dionysos, qui passait tranquillement par là, pom pom pom, en tombera raide amoureux! (d'Ariane, on suit, on se concentre)

Et qu’il l’emmènera sur l’Olympe pour la prendre comme une grosse cochonne qu'elle était épouse.

Il en fera sa reine - Aaaaah -, et lui offrira une couronne

Mariage de Dionysos (assis au centre) et d'Ariane (en face de
lui), tenant la couronne nuptiale


A la mort d’Ariane - Eh oui hélas, Ariane était une simple mortelle -, Dionysos va jeter cette couronne tressée de souvenirs dans le ciel pour lui rendre hommage (bah, chacun son truc).

C’est toujours elle que vous voyez briller la nuit, dans l’hémisphère nord, Corona Borealis, la Couronne boréale



Et puis, Ariane est encore, par ailleurs, liée à Thésée et à Hippolyte, dans la mesure où elle est une des soeurs de … Phèdre!

Eh oui, tout se tient, et tout se faisait en famille, dans la mythologie grecque…


Bon alors quoi? λύω, lúō, il a une ascendance proto-indo-européenne?

Eh bien, par miracle, oui!
(par miracle, parce que vous pouvez vous douter que les mots que je présente ici sont FORCEMENT dérivés de racines indo-européennes. Mais dans ce cas précis, où le sujet m’avait été ... suggéré, on pouvait légitimement avoir quelques doutes.)

La racine proto-indo-européenne à l’origine du grec ancien λύω, lúō?

*leu-1

libérer, desserrer, défaire, détacher, détendre, ou carrément diviser, séparer…


Ben les amis, on lui doit pas mal de vocabulaire, à *leu-1.

En français, mais aussi dans quelques autres langues indo-européennes, notamment du groupe germanique

Je ne vais pas, loin de là, m’étendre sur TOUS les dérivés de la racine ; je vous en offrirai plutôt quelques-uns, choisis.


Par une forme étendue *leus-, propre au groupe germanique, *leu-1 nous a donné, via le proto-germanique *lausa-, et ensuite par le vieux norois lauss, louss, l’anglais ... loose, lâcher, libérer, ou en tant qu’adjectif, ample, desserré, mal fixé

Oui bien sûr, on retrouve *lausa- dans les langues scandinaves.

Vous voulez apprendre à écrire danois ou suédois?

Fastoche!

Prenez l’original anglais, ici: loose, supprimez le redoublement de voyelles, et …

- pour obtenir le cognat danois, barrez le o, vous obtiendrez løs.
- pour obtenir le cognat suédois, rajoutez un tréma sur ce même o, vous obtiendrez lös!


Vous connaissez l’anglais “less”, moins, je suppose?
Eh bien, aucun rapport.

(Oui bon, ce less-là, “moins”, provient d’une autre racine, *leis-2, “petit”.)

Mais le less dont je veux vous parler, qui est bien dérivé de *leu-1,
c’est le suffixe -less! 

Qui exprime le manque, l’absence, que l’on pourrait littéralement traduire par “sans”.

Desireless, colourless, homeless, endless, hopeless, useless … … …

Ce suffixe, on le retrouve également …
en scots: -less, 
en frison occidental: -leas, 
en saterlandais: -loos, 
en néerlandais: -loos, 
en allemand: -los, 
en suédois: -lös,
en islandais: -laus.


Un autre dérivé de notre *leu-1 proto-indo-européenne, toujours via le germanique *lausa-? 
Allez, oui!

L’anglais lose, perdre. Ou loss, la perte.

Même origine pour le néerlandais verliezen, perdre, ou l’allemand verlieren, de même sens.

Ou pour ce bel anglais forlorn, délaissé.


Toujours issu du proto-indo-européen *leu-1, et tout tout proche du grec ancien λύω, lúō, il y a … λύσις, lysis, l’action de délier.

Par extension, libération, relâchement, dissolution…

Ben oui. On le connaît bien, ce λύσις, lysis!

Pensez à tous ces mots en -lyse, du vocabulaire scientifique (chimique, médical...):
biolyse, cytolyse, électrolyse, hydrolyse, hématolyse… évoquant la notion de dissolution, de décomposition.

Il y a aussi paralysie, hélas, du composé grec παραλύω, paralúō.

Sans oublier tous ces adjectifs du vocabulaire chimique, biologique ou médical, 
en -lytique:
électrolytique, kératolytique, cytolytique…


Catalyse?
Oui!

En chimie, la catalyse est l’action de certains corps qui, par leur seule présence, en modifient d’autres sans être eux-mêmes modifiés.
Ce qui est quand même fort cool.

Catalyse nous vient du grec ancien κατάλυσις, katalysis,
composé de κατά, kataen-dessous ») et de λύσις, lýsisaction de délier », on est d'accord?).

avec ou sans catalyse...


Analyse?
Bingo!

Du grec ancien ἀνάλυσις, analysis, de ἁναλύω, analuôdélier », ok??), composé de ἀνά, anaen haut »), et de λύω, lúō, évidemment.

Curieuse étymologie?
A l’origine, l’analyse, c’est la résolution d’un tout en ses parties: on commence par le haut, on examine et on décompose, on dissèque

Analyse médicale


Lyophilisation?
Yesss!

lyophile étant créé sur lúô et -phile: littéralement qui aime dissoudre!
En chimie, un produit lyophile présente une affinité avec un solvant donné.

Mais non, pas Liophile, lyophile!


Enfin, notre racine *leu-1 se retrouve en latin!!

Vous allez vite la reconnaître, si je vous dis qu’elle s'y dérivera via une forme préfixée *se-lu-
(Oui, le préfixe *se- marquait la séparation).

Nous la retrouvons, notre racine, dans le latin… … … solvō, solvere!!
Désagréger, dénouer, délivrer, séparer, détendre, acquitter une dette … 

On y retrouve en fait à peu près tous les sens du grec λύω, lúō.

Et ici, ébahis, vous prenez conscience de l'ampleur de chine la liste des dérivés de notre racine!!!

Solution, absolution, résolution, résoudre, dissoudre, solvant ou dissolvant, soluble (ou insoluble), (in-)solvabilité...

solution au relâchement scolaire



D I N G U E !!



Bon, et alors, finalement, Hippolyte ça veut dire QUOI alors?

Eh bien, cela pourrait signifier "celui qui détache ou libère les chevaux", ou qui les délie, les débourre (oh, rien de salace, comprenez "celui qui pratique le débourrage", qui amène le cheval à accepter une selle, puis un cavalier…).


Tiens, ça me fait penser à cette triste expérience....

Il y a quelques années, La Vache Qui Rit avait lancé un petit concours: celui qui trouverait la meilleure raison pour laquelle La Vache qui Rit rit remporterait un prix.

J’y ai joué, moi, à ce concours.

Ma version?

"La Vache Qui Rit rit parce que le fermier laboure."

Eh bien, figurez-vous que je n’ai reçu AUCUN prix, ni même AUCUNE réponse de La Vache Qui Rit. 

RIEN.
Lamentable.

Depuis lors, je n’ai plus JAMAIS mangé de La Vache Qui Rit.

Et pourtant, elle était si belle, cette douce vision, le bon vieux fermier, serein à la fin de l’automne, qui labourait son champ, et la bonne vache qui le regardait en souriant, en se disant que tout allait bien en ce bas-monde...

Le vieux fermier et son vieux cheval de trait, prêt à labourer...
(source)


Plus JAMAIS je ne mangerai de Vache Qui Rit.





Je me calme.


Pour en revenir à la signification de Hippolyte en grec:

Comme nous venons de le voir, le latin solvō est le calque étymologique et sémantique presque parfait du grec λύω, lúō.

Et en latin, equum solvere (du moins si l’on se fie à Horace, dans ses Épîtres, 1, 1, 8), c’est…

... Dételer un cheval…
Vous l'avez constaté: cet equum solvere latin d'Horace est une superbe transposition du grec ancien Hippo-lytos, hein?
- Mmmmh?
- Mais oui, là, dans l'extrait de cette épître d'Horace, en exergue, enfin quoi!
Vous pensez vraiment que je l'avais mis "comme ça", pour rien??

Dans ce cas - et ce sera mon petit apport personnel -, Hippolyte pourrait être à l'origine "celui..."
- ou "celle...", car la définition s'appliquerait assez bien à Hippolytê, la Reine des Amazones
"...qui dételle son cheval".

Soit parce qu'il ou elle a assez travaillé, ou a terminé sa dure journée de labeur, bien sûr,
conformément à la métaphore qu'Horace nous offre dans ces vers en exergue, où dételer son cheval se conçoit comme se retirer de la vie active, 
soit parce qu'il - ou ELLE! - monte à cru (sans selle, et donc aussi sans étriers), et même sans mors…: sans aucun attelage, bride ni harnachement...!

Perso, je ne serais pas surpris d'apprendre que la Reine des Amazones montait de cette façon...

à cru, et sans mors...

Ah, pourquoi pas?!

Hippolyte - le fils de mes bons amis - se fera-t-il peut-être remarquer plus tard par sa conduite très nature, ou par son imagination... débridée?




Et là-dessus,
je vous souhaite un excellent dimanche, et une trrrrès bonne semaine!



A dimanche prochain!


Frédéric

article suivant: j'en suis si-dé-ré!

dimanche 19 avril 2015

Hippolyte et Philippe, à cheval sur un hippopotame??





« De deux douleurs simultanées, la plus forte obscurcit l'autre.  »

Hippocrate















« Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue,
Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue. »

Jean Racine, Phèdre (I, 3, v. 273-274)

Phèdre et Hippolyte, dans une version
anglaise de la tragédie
Oui, c'est la formidable Helen Mirren












Bonjour à toutes et tous!

Un dimanche un peu … différent, aujourd’hui…


Car, voyez-vous, deux grands amis à moi, à l’occasion de la naissance de leur fils Hippolyte, avaient notamment demandé comme cadeau, sur la désormais si classique “liste de naissance”, “Un dimanche indo-européen, pour qu’Hippolyte sache tout de l’origine de son prénom…



Alors, grands Dieux, que faire, voyez-vous mon émoi? 
Devant telle insistance devais-je rester coi?
Aurait probablement dit Racine

Avant que quelqu’un d’autre ne fasse un dimanche indo-européen sur ce prénom - vous imaginez?? (moi non!) - je me devais de réagir.

Et donc, ce dimanche si particulier sera consacré, dédié, offert à Hippolyte.
Petit bonhomme à qui je souhaite une longue et belle vie.


Ce n’est jamais très facile, de retrouver l’étymologie des prénoms
Mais bon, voilà ce que j’en ai trouvé:

Hippolyte nous vient du latin Hippolytus, lui-même calqué sur - ben oui, rien d’original! - le grec ancien … Ἱππόλυτος, Hippolytos.

Ca, je crois qu’on le peut dire, c’est certain.


Mais ce Hippolytos, il voulait dire quoi, il venait d’où?

Ah, à partir d’ici, on va faire des suppositions

Hippolytos, c’était, dans la mythologie, le fils de Thésée.

La mort d'Hippolyte, Alexandre-Charles Guillemot


Thésée? Oui oui, lui, celui qui réussit à tuer le Minotaure et à sortir du labyrinthe de Dédale, et qui, pauvre tache, oublie de changer les voiles de son bateau lors du retour: les voyant noires, sa mère, Egée, croira qu’il est mort et se suicidera.
En se jetant dans la mer.
- Qui s’appellera désormais la mer Egée. Hein? -

Thésée affrontant le minotaure dans le labyrinthe

Mer Egée


Et Hippolyte, fils de Thésée, c'est ce pauvre mec qui sera aimé par sa belle-mère Phèdre.

Il va la repousser.

Cette c..sse ou pouf..sse - c'est comme vous voulez - se suicidera de désespoir (pourquoi pas?), mais surtout laissera à Thésée son mari une lettre dans laquelle elle accusera Hippolyte d'avoir voulu la sauter. Top classe. Respect.

Je vous laisse imaginer la suite, et la tronche de Thésée.
Pas vraiment happy end, la fin de l'histoire...


Mais bon, Hippolyte (en grec ancien Ἱππολύτη, Hippolytê cette fois), c’est aussi Hippolyte, fille de Arès (Ἄρης, Árês), le dieu de la Guerre et de la Destruction. (Qui deviendra le Mars des Romains)

Hippolyte, fille de Arès, c’était la reine des Amazones,  parfois confondue avec Antiope.
Qui serait, dans tous les cas, … la mère naturelle… d’… Hippolyte, notre Hippolyte, le fils de Thésée.


Hippolyte, la reine des Amazones

A ne pas confondre avec La reine des colis Amazon


Eh oui!


Alors, à quel(le) Hippolyte le prénom Hippolyte fait-il référence?

(d’autant qu’il y en a quelques autres, d’Hippolyte, dans la mythologie grecque…)

A vous de choisir!

Mais je dirais bien, très subtilement, que son papa et sa maman sauront mieux que moi ce qu’ils avaient en tête quand ils l’ont choisi!

C’est eux qui l’ont nommé ainsi, non? Et les connaissant, c’est à la suite de longues recherches et interrogations…
Ils devaient parfaitement savoir ce qu’ils faisaient, croyez-moi…


Alors, pour ce qui est de l’étymologie!!

On retrouve dans Ἱππόλυτος, Hippolytos ou Ἱππολύτη, Hippolytê, l’ancien grec Ἵππος, hippos: cheval.

Ca, encore une fois, c’est sûr.

Ἵππος, hippos, qui dérivait d’une racine proto-indo-européenne - si, si! -

*ekwo-.

“cheval”


Pour tout vous dire, on soupçonne *ekwo- d’être en réalité *eḱw-o-, une forme suffixée apparentée à l’adjectif allongé au timbre o *ōḱu-.

Et alors???” me direz-vous.
Eh bien, *ōḱu-, ça voulait dire… rapide!

Le cheval, donc, pour nos illustres ancêtres - et si du moins ce soupçon est fondé -, se caractérisait par sa rapidité.

*ekwo-, je ne vous surprendrai pas, est à l’origine de équitation, équestre, équidé ..., tous basés sur le latin pour cheval: equus, dérivé, pour être précis, du proto-italique *ekwos.


Mais par le grec Ἵππος, hippos, *ekwo- nous a aussi donné…

  • hippocampe, emprunté au latin hippocampus, dérivé du grec ancien ἱππόκαμπος hippókampos, où l’on retrouve la racine grecque kampê: la courbure.
l’hippocampe porte en effet la tête recourbée, inclinée contre la gorge, comme un cheval


  • hippopotame
Oui, tout le monde le sait! Le fameux “cheval du fleuve”, dérivé du latin hippopotamus, lui-même issu du grec ancien ἱπποπόταμος, hippopótamoscheval du fleuve »).
Par “fleuve”, il fallait clairement comprendre le Nil


ou…

  • Hippocrate!
Eh oui!
Issu du grec ancien Ἱπποκράτης Hippokrátês, via le latin Hippocrates
κρατος, "kratos”, mais c’est le pouvoir, la puissance!  
Littéralement, donc, Ἱπποκράτης Hippokrátês pouvait s’entendre comme la force du cheval!

Philippe!

- Mmmh?


Oui, Philippe!

C’est aussi un parfait dérivé du proto-indo-européen *ekwo- par le grec Ἵππος, hippos, puis, ici,  le latin Philippus, le grec ancien Φίλιππος, Phílippos signifiant littéralement
« qui aime les chevaux ».




Oh, notre racine *ekwo-, on la retrouve à peu près partout dans les langues indo-européennes, pas de souci!

En sanskrit? अश्व, áśva
En persan: اسپ, asp, اسب, asb
En vieil arménien? էշ, ēš, “âne
En tocharien B: yakwe
En Gaulois? epos
En lituanien : ašvàjument »)
En gaélique écossais : each
En vieux norrois : jór
En pachto : آس, ās
En lycien: esbe





Et dimanche prochain, nous nous intéresserons à la deuxième partie de ce prénom…


Bon dimanche à toutes et tous,
Passez une très bonne semaine!


A dimanche prochain?


Frédéric


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