dimanche 24 mars 2013

Huey, Dewey et Louie (mais oui: Riri, Fifi et Loulou) en sont.


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Bonjour à toutes et tous!

Habemus Papam! Ca se fête!
Patron, tu nous remets ça?

Voici donc une petite devinette de circonstance:

Pouvez-vous deviner le mot dont je vous donne ci-dessous la définition:

"la tendance de certains papes, et par extension de certains dirigeants, à favoriser l'ascension de leur famille ou de leur entourage dans la hiérarchie qu'ils dirigent, au détriment du mérite et de l'intérêt général."











Vous avez trouvé?

Oui: le … népotisme!


Quelques grands noms du népotisme (liste non exhaustive)?

  • Sixte IV, qui nomma cardinal de nombreux jeunes gens, parmi lesquels son neveu Raphaël Riario à l'âge de 17 ans,
  • Urbain VIII, qui éleva trois de ses neveux au rang de cardinal,
  • Paul III (ce qui est égal à la moitié de Paul VI) qui créa le duché de Parme et de Plaisance (duché désormais célèbre pour son jambon et sa navigation) pour son fils Pierre Louis Farnèse, et qui nomma deux petits-fils cardinaux, Alexandre Farnèse et Guido Ascanio Sforza di Santa Fiora,
  • Calixte III: un Borgia qui nomma cardinal son neveu et fils adoptif, le futur Alexandre VI, et puis…
  • Alexandre VI (oui, celui du point précédent): Borgia itou, qui nomma son fils César Borgia cardinal à l'âge de 18 ans…

'Y a encore Benoît VIII (Benoît XVI / 2) qui créa
cardinaux son cousin, son frère et son neveu.

Le terme népotisme vient de l'italien nepotismo, de nipote qui signifie "neveu" et fait référence à ce qu'on a appelé un "cardinal-neveu".

Le cardinal-neveu (en latin cardinalis nepos, en italien cardinale nipote ou cardinale padrone), encore autrefois appelé prince de fortune, était donc un cardinal élevé à son rang par un pape qui est son propre oncle ou, plus généralement, de sa famille.


Bon, avec la devinette d'entrée en matière, vous avez également deviné où je voulais en venir, hein!

Ben oui: après nous être intéressés à l'oncle et à la tante, il est temps pour nous de parler du… neveu - et de la nièce bien entendu.


Le mot neveu (ou sa forme féminine nièce) nous vient du latin nĕpōtem, l'accusatif de nĕpos.

- Et nĕpos, c'était le neveu. OK, on a compris.
- Bonjour! En fait, oui, et non.

Nĕpos désignait plutôt le petit-fils.
Mais on le retrouve, dans certaines acceptions, comme signifiant le neveu, ou même, d'une manière encore plus ouverte, le descendant.

En bas latin, après le règne d'Auguste, il semble que le mot ne signifiait plus que "neveu".
En tout cas, les deux sens: "petit-fils" et "neveu" se sont conservés en ancien français.

Et "neveu" peut d'ailleurs encore se rencontrer en français littéraire, ou dans une acception désuète comme désignant le petit-fils.


Nĕpos - dois-je vraiment le préciser??? - provenait d'une racine proto-indo-européenne:

*nepōt-


Sa signification: le petit-fils, le neveu.
Ou peut-être même aussi, d'une façon plus lâche, "le descendant autre que le fils".


Cette assimilation des notions de petit-fils et de neveu nous renvoie indirectement à la notion d'oncle (revoyez si besoin en est Ah mes aïeux!).

Car le proto-indo-européen *nepōt-, quand il signifie "neveu" semble bien désigner le fils de l'oncle maternel.

On peut supposer une relation étroite entre le fils et son oncle maternel, relation qui était d'autant plus proche et affective que celle d'avec le père était plutôt basée sur l'autorité.

Les racines proto-indo-européennes nous font entrevoir une symétrie en miroir articulée autour du fils - appelons-le EGO pour l'occasion - reprenant d'une part le grand-père maternel et l'oncle maternel de EGO, et de l'autre, EGO lui-même, mais vu par respectivement le regard de son grand-père maternel, pour qui il est le petit-fils, et enfin le regard de son oncle maternel pour qui il est le neveu:

grand-père maternel = oncle maternel
   I                              I
    petit-fils             =        neveu    

En d'autres termes, l'assimilation du grand-père maternel et de l'oncle maternel induit l'assimilation de petit-fils et de neveu.


*nepōt- s'est décliné en de nombreux dérivés, signifiant pratiquement systématiquement petit-fils ou neveu dans plusieurs langues indo-européennes: le sanskrit नपात् (nápāt), le vieux-perse napā, le grec ancient ἀνεψιός (anepsios), l'albanais nip, le portugais nepote, le roumain nepot, le vieux lithuanien nepuotis, l'anglais nephew, le néerlandais neef, l'allemand Neffe,
ou encore le vieux irlandais nia - au génitif niath, qui désignait toujours précisément "le fils d'une soeur"...




Et puis…

Rien à voir avec la notion de neveu.

Pour rester dans les termes de parenté, je parlerais plutôt ici de filiation, ou du respect de EGO vis-à-vis de ceux qui l'ont précédé, même en l'absence de lien de sang…
(Mais ne sommes-nous tous pas frères et soeurs, ne formons-nous tous pas une grande famille?)

Calvert Watkins, l'auteur de mon seul et unique dictionnaire de chevet(!), nous a quittés cette semaine pour rejoindre le paradis des linguistes, l'Asgard d'avant la Tour de Babel, l'Unité primordiale, où il doit vraisemblablement taper la carte avec Emile Benveniste et Jacob Grimm.

Adieu Monsieur le Professeur, et merci!

In Memoriam
Calvert Watkins




Bon dimanche à toutes et tous,
Passez une excellente semaine, et...
A dimanche prochain!




Frédéric

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